LA CRÉATIVITÉ DE L’ENTRAÎNEUR

02/03/2018

Parvenir à créer du nouveau peut s’avérer déterminant pour un entraîneur en quête de résultats. Seulement la créativité ne s’apprend pas, elle apparaît le plus souvent de façon alchimique lorsqu’un certain nombre de conditions sont réunies. la capacité de l’entraîneur à imaginer, à réaliser quelque chose d’innovant ou à découvrir une solution originale à un problème donné relève donc outre d’un certain état d’esprit, d’un savoureux dosage de plusieurs facteurs.

 

Lever les obstacles

Devant faire face à de nouvelles situations en permanence, la créativité est présente au quotidien pour l’entraîneur. Chacun ya accès, mais plusieurs obstacles en réduisent son exploitation et son développement. L’éducation, le conformisme, la peur de l’absurde et de l’échec sont autant de freins qui brident la créativité de l’entraîneur pour différents motifs: « mon idée ne marchera pas », « on va se moquer de moi », « ça ne peut pas être une bonne idée », « je ne suis pas spécialiste », « je ne vais pas prendre le risque », « cela ne s’est jamais fait ».

L’image que l’entraîneur veut donner de lui présente souvent un frein conséquent. En recherchant l’approbation de son entourage (sportifs, staff, dirigeants, médias, public…) l’entraîneur se coupe quelquefois de toute création. En effet, une solution très créative passe souvent par une ou deux idées absurdes, ce qui rend en apparence leur auteur farfelu.

Effectuer un changement improbable de joueur alors que l’équipe est en difficulté, adopter une nouvelle stratégie, une nouvelle technique … La difficulté des entraîneurs est principalement de sortir du cadre de leurs habitudes: de penser, de faire, de s’organiser Paul Le Guen, Aimé Jacquet, Raymond Domenech ces entraîneurs de football parfois adulés, sont bien souvent détestés à cause de leurs surprenants choix stratégiques.

Pas facile pour un entraîneur de justifier son choix! car la créativité est principalement le fondement d’une vision. Le créatif ne cherche pas à maintenir ce qui est connu, ce qui existe pour se sécuriser. Il est tenté de sortir des sentiers battus, d’aller plus loin que simplement trouver des solutions aux problèmes. Il sort de la conformité, car trop souvent nous avons été éduqués à découvrir des solutions qui doivent répondre à des normes dans un cadre connu. Aussi, certaines explications parfois toutes faites sclérosent la créativité aussi efficacement que l’ignorance.

Si un filtre moral ou éthique est nécessaire à l’entraîneur au moment de choisir entre différentes solutions, pour générer les idées, les créatifs ne doivent pas se limiter. La créativité, étant avant tout oser s’ouvrir à l’inconnu, au jamais vu, au jamais pensé, à ce qui n’a jamais encore été fait.

 

 

La pertinence d’une idée

La plupart du temps, soit les idées nouvelles et les innovations sont mal perçues au premier abord, soit on vous dira que si ça n’a pas été fait auparavant, cela ne vaut pas la peine.

Comme les pionniers qui ont voulu faire voler un avion, ça ne marchait pas jusqu’à ce qu’ils découvrent qu’il fallait une aile fixe qui ne batte plus l’air.11 est difficile de mesurer la pertinence d’une idée et sa viabilité. Le tout est de la tester à petite échelle avant de se lancer dans de grands chantiers. Innover, ce n’est pas seulement avoir une nouvelle idée, c’est aussi arrêter d’avoir de vieilles idées.

De même que la molle satisfaction est le contraire de l’esprit créatif. Si les chercheurs, scientifiques, entraîneurs … avaient estimé que l’on avait atteint des limites, c’en était fini du progrès, des records, des performances.

Aussi, affûter son esprit critique n’est pas une fin en soi pour l’entraîneur, mais un moyen. En effet, l’esprit critique, l’insatisfaction méthodique favorisent la créativité et préparent à de nouvelles productions. Il faut souvent que l’entraîneur accepte de se tromper afin de chercher d’autres idées pertinentes pour poursuivre son but. L’entraîneur créatif ne recherche pas l’approbation, il prend ses décisions sur la base de son propre jugement et évalue son travail selon ses propres critères.

 

Imagination et intuition

 

Un temps réservé à l’imaginaire et à la rêverie est nécessaire pour chaque créatif. Tout ce qui se présente, parfois des choses anodines, peut constituer un tremplin pour l’imagination.

Un nuage dans le ciel, une craquelure dans le mur suggèrent des formes, Léonard de Vinci s’en servait. C’est un temps d’exploration, à se laisser aller là où l’on n’avait pas idée, à gérer un instant où l’on ne connaît pas le futur. Cette fonction créatrice, inhérente à la conscience de l’entraîneur, permet d’engendrer du neuf et de briser les barreaux du connu.

Dès lors, la difficulté de l’entraîneur est de ne pas exiger des productions conformes à ses attentes, mais bien de les laisser émerger. Ainsi, être créatif ne signifie pas seulement inventer, c’est aussi avoir la possibilité de s’adapter autant à l’imprévu qu’à la contrainte présente. L’absorption et l’association d’objets, de faits, de savoirs, d’expériences … a priori sans rapport sont deux mécanismes clés de la créativité.

L’intuition, quant à elle, formidable atout pour se forger une créativité à toute épreuve, est la source de bien des déclics révélateurs. Elle est d’ailleurs le plus souvent pour l’entraîneur le chemin le plus direct vers la solution.

La créativité permet de « faire à partir de rien », elle permet de réaliser un assemblage original et utile en associant des éléments préexistant en se distinguant de l’imaginaire par son côté efficace et actif

 

Sources d’information et environnement

 

L’interaction entre l’entraîneur et son environnement est perpétuellement créatrice. L’absence de curiosité personnelle, le manque de stimulation sont les principaux ennemis de la créativité et de l’évolution. L’événement est une création de « nouveau », une œuvre dont le caractère fortuit, accidentel et déconcertant n’a pas manqué et ne manque pas d’interroger les « experts » qui, le plus souvent, l’ont réduit alors à « l’exception qui confirme la règle » (François Bigrel).

L’esprit créatif émerge à partir d’une certaine manière d’être présent, de prendre le risque d’oser écouter, de saisir l’opportunité, d’être sensible aux personnes et aux informations qui se placent sur son chemin. La créativité est le mouvement intellectuel qui consiste à relier des informations de manière imprévisible afin de produire un arrangement nouveau.

Dès lors, un entraîneur qui se nourrit d’informations très diverses a forcément plus de chances de créer du neuf Et les informations intérieures (rêves, fantasmes, intuitions) sont aussi importantes que celles provenant de l’extérieur. C’est l’environnement dans lequel se trouve l’entraîneur qui active ou pas cette créativité. En outre, il existe deux types de créatifs: ceux qui résolvent des problèmes qui se posent, et ceux qui ont des rêves et inventent ce dont ils ont envie.

Confronter son avis à celui de ses collègues, se nourrir de leurs réflexions, être curieux, savoir déceler des innovations ailleurs et les valoriser est donc tout aussi important que la création pure.

 

Conclusion

Passer outre les appréhensions, stimuler l’imaginaire, écouter, observer, s’informer, expérimenter, fonctionner par sauts et ruptures avec les habitudes semblent constituer des éléments favorisant la créativité. Bon nombre d’entraîneurs utilisent déjà ces principes de manière inconsciente. D’autres, plus audacieux en quête permanente de « nouveau », s’exposent en naviguant dans un univers inconnu.

L’unique facteur commun étant qu’ils ne le font jamais sans but, sans enjeu. En effet, nul vent n’est favorable pour celui qui ne sait où il va.

 

 

Véronique MARCHAND DESU de Coaching personnel. Société Actif Coach

Extrait sport et santé et préparation physique n°24