10 CONSEILS POUR L’EDUCATEUR Article réalisé en collaboration avec Yves Debonnaire, responsable de la formation des entraîneurs à l’Association Suisse de Football.

26/10/2018

Partir sur de bonnes bases. Parmi les éducateurs novices, on trouve généralement, d’un côté, ceux qui démarrent avec une certaine appréhension et, de l’autre, ceux qui affichent au contraire une assurance certaine. Les conseils qui suivent doivent permettre à la fois de rassurer et d’accompagner les premiers, tandis qu’ils préviendront les seconds contre toute fausse évidence et mauvaise hiérarchisation des priorités.

  1. Pensez d’abord à « animer » avant de penser à « entraîner »
    La première qualité de l’entraîneur est d’être… entraînant ! Aussi, avant de penser au contenu technique, tactique ou physique de la séance, il est urgent pour le jeune encadrant de réfléchir aux conditions susceptibles de favoriser le climat d’apprentissage. Accueil des licenciés, exemplarité, prise en compte des individus, identification des problématiques personnelles… sont autant d’éléments permettant d’établir le dialogue et d’instaurer la confiance. La séance n’est pas un examen à passer. Elle est simplement un moyen de vivre un moment privilégié de détente (studieuse), de loisirs (éducatifs) et de partage (structurant) avec ses joueurs.

  1. Appuyez-vous sur une structure d’entraînement simple

Vouloir tenir trop d’objectifs est le plus sûr moyen de n’en tenir aucun. En d’autres termes, plus le canevas de la séance sera simple, plus elle aura de chances d’être claire et efficace : un thème général, un jeu d’échauffement, 1 ou 2 exercices, puis retour au jeu. L’éducateur à même de respecter cette structure se facilite l’existence. Et rend sa séance plus attractive.

  1. Préparez vos séances pour vous concentrer ensuite sur l’essentiel

Rien de pire que l’éducateur arrivant au stade sans savoir clairement ce qu’il va demander à son groupe. La confusion dans l’esprit du technicien ne manquera pas en effet de se matérialiser sur le terrain : il se perdra à coup sûr dans les conditions de déroulement de la séance, faisant fi involontairement du reste, c’est-à-dire de l’essentiel ! A l’inverse, une séance bien préparée, c’est-à-dire réfléchie tant sur la forme que sur le fond (avec un matériel déjà installé à l’arrivée des joueurs), permettra à l’éducateur de se focaliser ensuite sur le cœur même de la séance, à savoir le rapport pédagogique aux joueurs.

  1. Positivez, encouragez, valorisez !

Dans la majorité des cas, les éducateurs entament leur « carrière » auprès d’équipes de jeunes. Or, que recherche un enfant ou un adolescent qui vient au stade ? Prendre du plaisir et être valorisé au travers d’un sport qu’il a choisi. Un éducateur mettant systématiquement l’accent (à l’entraînement ou en match) sur les aspects négatifs et les échecs, plutôt que sur les efforts consentis et les réussites, a toutes les chances d’aboutir à une dégradation de la motivation de ses troupes.

  1. Acceptez de prendre votre temps, et d’en perdre…

Mener une séance n’est pas un exercice « à marche forcée ». L’une des erreurs les plus courantes de l’éducateur débutant consiste à vouloir faire « rentrer » trop de choses dans sa séance. C’est la fausse bonne idée selon laquelle « plus on en fait, mieux c’est ». Conséquence : la volonté de respecter le timing oblige à se concentrer davantage sur les temps de passage et les transitions entre deux ateliers (ce qui confère un climat anxiogène à la séance) plutôt que sur la qualité de l’animation (encouragements, valorisation), de l’organisation (adaptation de l’espace de jeu, variantes) et de l’observation (corrections, critères de réalisation). Or, si la tonalité de la séance est épanouissante, ne pas avoir fait tout ce qui était prévu devient secondaire.

  1. Privilégiez le jeu, l’activité… et la simplicité !

Ce conseil va de paire avec le n°2, et s’apparente comme étant l’une des deux grandes erreurs les plus « courantes » chez l’éducateur débutant (voir par ailleurs). Ce dernier ne doit jamais oublier de se recentrer sur l’essentiel, à savoir : le joueur vient au stade pour jouer. Trop d’exercices alambiqués, de contraintes ou de règles vont à l’encontre de cette évidence. Le jeu est l’élément le plus concret et le plus enrichissant de l’activité. Encore faut-il lui accorder toute la place qu’il mérite. Plus l’éducateur va avancer dans le temps, plus il va gagner en expérience et plus le dosage s’effectuera ensuite de façon fine et précise. Mais dans un premier temps, mieux vaut « trop de jeu » que « pas assez ».

  1. Prenez le temps de l’évaluation

Evaluer objectivement sa séance dans les heures ou la journée qui suit est un formidable vecteur de progression individuelle. Elle permet en effet de repérer ses erreurs, ses approximations, afin de ne les pas reproduire. Par ailleurs, l’évaluation de la séance permet également de voir si l’objectif initial a bien été atteint. Et, dans le cas contraire, de discerner les ajustements à apporter pour y remédier. Ainsi, chaque séance s’inscrit dans un tout, fait le lien avec la précédente et la suivante.

  1. Entourez-vous, prenez conseil, allez vers les autres éducateurs

Un éducateur isolé est un éducateur qui risque de tourner en rond et de circonscrire son plaisir d’entraîner à sa seule séance d’entraînement. Or, les autres éducateurs peuvent être autant de sources d’inspiration et de réflexion. A leur contact, vous renforcerez qui plus est votre sentiment d’appartenance au club et participerez plus facilement à la vie de celui-ci (convivialité).

  1. Formez-vous pour mieux adapter les contenus et les messages

Le football ne se décline pas de la même manière avec des U17 qu’avec des U9. Or, l’éducateur débutant est bien souvent un jeune adulte. Le réflexe – et le danger – étant alors sa tendance naturelle à vouloir retranscrire ce qu’il vit en tant que joueur à son groupe d’enfants ou d’adolescents. En d’autres termes : « entraîner comme on l’est ou comme on l’a été ». Une approche qui se révèle le plus souvent contre-productive. Le meilleur moyen d’éviter de tels écueils est de suivre une formation, en commençant par les modules fédéraux de 2 jours par catégorie. Celle-ci vous aidera concrètement à adapter vos contenus (technique, tactique, physique) au public auquel vous vous adressez. Il en va de même sur la façon de faire passer votre message en fonction des capacités de compréhension et de la maturité des joueurs de votre catégorie.

  1. Instaurez des règles de fonctionnement… y compris avec les parents

L’éducateur débutant peut rapidement se voir confronté aux difficultés les plus courantes de la fonction : retard (ou absence) des joueurs, tenue vestimentaire non adaptée, chahutage, ingérence des parents, etc. Afin d’éviter de réagir constamment à ces comportements déviants – avec un ton ou une attitude parfois inadaptée (par manque d’expérience) – il est fortement conseillé d’instaurer « dès le départ » des règles de fonctionnement pour limiter au maximum ces écarts de conduite. Il ne s’agit pas ici de donner des élans « militaires » à l’activité football, les contraintes prenant alors le pas sur le plaisir, mais de clarifier posément et de façon bienveillante le cadre fonctionnement. Ces conseils valent également pour les parents, d’où la nécessité d’organiser une réunion de début de saison pour « donner les règles du jeu ».

2 ERREURS A EVITER

– Trop d’interventionnisme

Les lois des apprentissages stipulent qu’une solution à un problème sera d’autant mieux acquise que l’enfant aura tâtonné pour en trouver le cheminement. La difficulté avec nombre de jeunes éducateurs est qu’ils interviennent avant même que l’enfant, le jeune (mais également les adultes) ait intégré les données du problème. Le rôle de l’éducateur n’est pourtant pas de dire « fais ci ou fais ça de telle manière » (en dehors de la nécessaire modélisation), mais bien d’aménager les situations les plus susceptibles d’amener le joueur à trouver la solution par lui-même. A cet égard, la méthode pédagogique active basée sur le questionnement : « qu’aurais-tu pu faire, y avait-il une autre solution », est vraisemblablement la plus efficace pour ancrer les apprentissages.

– Trop de complexité
Cette erreur très commune chez l’éducateur débutant (mais pas seulement…) est à mettre en lien avec les conseils n°2 et 6. Lorsqu’on débute, on est souvent tenté de multiplier les exercices, mais aussi les consignes, les règles ou les contraintes pour faire passer ses messages techniques ou tactiques. Devant une telle complexité et face à la quantité d’informations à assimiler, les joueurs se « perdent » et finissent par « décrocher ». L’éducateur décrète alors que l’atelier est trop ardu ou ses joueurs trop limités, et abandonne un exercice qui aurait pu intéresser tout le monde s’il avait été présenté différemment… Bien souvent, il s’agit en fait d’une mauvaise progressivité des consignes. La règle est bien d’aller du plus simple vers le plus compliqué. Et de ne passer à la consigne suivante qu’à partir du moment où l’étape précédente a été intégrée par la majorité des joueurs.