L’ACTIVITE PHYSIQUE CHEZ L’ENFANT : INDISPENSABLE MAIS JUSQU’A QUEL POINT

16/12/2018

Sport Santé Préparation Physique

 Par Thierry Maquet

Multiplication des situations de déséquilibre nutritionnel, amplification des activités récréatives passives (jeux vidéo, ordinateur, télé), montée de l’obésité infantile, enfants livrés à eux-mêmes, autant de situations qui inquiètent de nombreux parents aujourd’hui. La réponse à cette inquiétude est simple : inscrire son enfant dans un (ou plusieurs) club(s), et tout faire pour réduire les opportunités d’inactivité. Pour autant, cette volonté de bien faire aboutit parfois à une surenchère qui pourrait se révéler néfaste pour la santé et l’équilibre du jeune garçon ou de la jeune fille.

  • Quelles sont les relations entre le développement de l’enfant et l’activité physique ?
  • Quels sont les travers à éviter ?
  • – Quelle est finalement la « bonne dose » d’activité physique pour les enfants ?

Avant le pic de croissance (entre 11 et 14 ans selon les cas)

L’activité physique va surtout favoriser le développement moteur de l’enfant. Le réseau de connexions nerveuses qui permet aux mouvements de s’exprimer avec davantage de précision, de rapidité, de fluidité va se développer sous l’influence conjuguée des différentes stimulations motrices et de la maturation de son système sensori-moteur. Le développement des qualités physiques n’est pas une priorité, c’est un paramètre qu’il sera plus opportun d’envisager au moment de l’adolescence. En conséquence, ce qui compte pour l’enfant c’est la diversité et la richesse des sollicitations qui lui sont proposées. Un premier argument qui s’oppose donc à toute spécialisation précoce. Certaines expériences ont pu mettre en évidence l’incapacité des enfants à progresser à long terme lorsqu’ils étaient confrontés trop jeunes à des gestes répétitifs et stéréotypés. Mais ce type de sollicitations présente un deuxième inconvénient : il focalise les contraintes sur des zones précises (os, cartilages, tendons) qui n’ont pas encore atteint leur résistance optimale. On retiendra donc que le plus important en termes de contenu de séance, quel que soit le lieu de pratique, c’est la diversité.

L’observation de l’activité spontanée des enfants peut laisser perplexe

Alors que beaucoup semblent infatigables, enchaînant des courses effrénées après leurs camarades pendant plusieurs heures, les enfants se trouvent rapidement en difficulté lorsqu’un éducateur les contraint à courir lentement mais de façon continue, ne serait ce que 15 à 20 minutes. Manque d’entraînement ou mauvaise volonté ? Les explications sont plutôt à chercher du côté des spécificités du fonctionnement de l’enfant lors d’un effort. Sur ce plan comme sur bien d’autres, l’enfant n’est pas un modèle réduit de l’adulte. Parmi les différences les plus notables on retiendra que :

– L’enfant est plus sensible à la chaleur (extérieure et provoquée par son activité)

– Pour réaliser le même mouvement que l’adulte, l’enfant va dépenser plus d’énergie (gestes moins contrôlés, manque de relâchement)

– Même pour des efforts brusques et d’intensité relativement élevée, l’enfant utilise prioritairement la filière aérobie

– Les adaptations du système cardio-respiratoire de l’enfant face à l’effort sont plus rapides que chez l’adulte.

– Entre deux efforts, l’enfant a une capacité de récupération supérieure à celle de l’adulte.

Ceci explique le caractère intermittent, explosif, intense, de l’activité spontanée de l’enfant. Dans le cadre des activités encadrées, l’éducateur sportif aura bien évidemment intérêt de faire avec cette réalité plutôt que de vouloir aller contre.

Faut-il proposer beaucoup d’activités encadrées pour favoriser le développement de l’enfant ?

Question légitime pour les parents qui interpellent souvent les éducateurs sur cette problématique. Il est vrai qu’une activité encadrée participe à différentes dimensions de l’éducation d’un enfant : apprendre à se concentrer, à communiquer, à vivre ensemble… Alors quelle activité choisir ? combien de fois par semaine ? comment faire en sorte que l’enfant ne s’ennuie pas ? Sur l’ensemble de ces points, plusieurs paramètres doivent être pris en compte.
Face à la montée en puissance d’une culture du zapping, le moins que l’on puisse exiger de l’enfant, c’est qu’il aille au bout de son engagement avec le club, l’entraîneur, ses partenaires sur l’ensemble d’une saison complète. Pour cela, il est indispensable que l’enfant soit le principal acteur de ses choix. Les parents jouent à ce stade les régulateurs pour aider l’enfant à comprendre ce qui est possible et ce qui ne l’ai pas. Dans tous les cas, on retiendra que quel que soit le sport choisi, la notion de plaisir est essentielle, qu’elle est un facteur d’engagement sur le long terme. Dans ces conditions, une séance hebdomadaire c’est bien, deux c’est possible, trois ça commence à faire beaucoup, surtout lorsque activité culturelle (musique, théâtre…) s’ajoute à l’emploi du temps.

Une heure d’activité physique journalière !

Trouver que ces recommandations vont à l’encontre de l’heure d’activité physique journalière nécessaire à la santé et au développement de l’enfant, serait oublié qu’il existe d’autres moments d’activité physique quotidienne. N’oublions pas l’éducation physique réalisée dans les écoles. On pourra toujours considérer qu’elle n’est pas suffisante, lorsque l’on fait la somme des activités physiques, elle est à prendre en compte. Il serait bon également de ne pas oublier toutes les activités physiques spontanées de l’enfant à l’occasion de ses jeux avec ses camarades. Le rôle des adultes à ce niveau serait certainement de faire en sorte de favoriser cette activité spontanée en plaçant les enfants dans des lieux propices et sécurisés (parcs, pistes cyclables, aires de jeux…). Cela pose certes le problème de l’accompagnement sur les sites, l’aménagement urbain et rural, l’aménagement des voies de circulations, autant de pistes de réflexion fécondes pour les pouvoirs publics.

La place de l’inactivité

Enfin on se penchera sur ces espaces de temps vides qui effrayent tant certains adultes. Pourtant, les spécialistes se rejoignent sur cette question. Les moments d’inactivité, d’ennui, de rêveries, sont utiles à la construction de l’identité de l’enfant, au développement de son imaginaire et de son instinct créatif. L’adulte ne peut pas, ne doit pas tout contrôler. Ainsi ce n’est pas tant l’excès d’activités qu’il faut craindre mais peut être l’excès d’activités encadrées. L’équilibre de l’enfant passe par une prise en compte de ces différents paramètres et c’est sans doute dans le dosage de cet ensemble complexe que les parents, les éducateurs, les entraîneurs ont un rôle important à jouer.