RELATION ENTRE PARENTS ET EDUCATEURS

21/03/2018

Extrait de lettre sport et santé

Rachid ZIANE

Docteur en sciences de l’éducation

 

 

 

LES RELATIONS ENTRE PARENTS DE SPORTIFS

ET EDUCATEURS

 

Il n’est pas toujours facile, pour les éducateurs, de travailler en présence des parents de sportifs dont ils ont la charge. En effet, les relations que les parents entretiennent avec les éducateurs peuvent être utiles et même collaboratives ou au contraire stressantes voire nuisibles.

Le jeune sportif se trouve alors pris dans un conflit qu’il ne peut pas contrôler mais dont il est tributaire.

 

Caractériser l’implication des parents

Tous les éducateurs sont différents, tous les parents aussi. Classer les parents en fonction de leur implication peut aider à adopter une attitude plus en adéquation avec leurs attentes. Hellstedt (7987) classe ainsi les parents de jeunes sportifs selon leur implication :

 

– Les parents sous-impliqués.

-·Les parents modérément impliqués.

– Les parents hyper- impliqués.

 

Selon cet auteur, les parents trop impliqués émotionnellement et/ou qui dispensent des conseils techniques sont perçus négativement par les éducateurs et par les Joueurs

À l’opposé, certains parents, par leur manque d’intérêt vis-à-vis de l’activité sportive de leur enfant, perturbent ce dernier.

 

La classification de MacDonald (2006], montre la manière dont certains parents interfèrent avec le travail de l’éducateur :

 

– Les « parents qui critiquent continuellement » : ils ne sont jamais satisfaits des performances de leur enfant et le réprimandent publiquement.

– Les « parents qui crient depuis les tribunes » : ils rabaissent les joueurs et leurs adversaires parfois même les arbitres et l’éducateur.

– Les « parents gérants du banc de touche » : Ils font des suggestions aux joueurs, contredisant parfois les instructions de l’educateur, allant jusqu’à semer la confusion dans l’équipe.

– Les « parents surprotecteurs » : ils font des commentaires inquiets et peuvent même menacer de retirer leur enfant.

On peut ajouter les parents qui vivent par procuration une carrière sportive à travers la pratique de leurs enfants.

 

Attitudes, rôles et principes de communication

 

Chercher à (ré)éduquer les parents aux comportements « incongrus » n’est pas le rôle de l’éducateur.

Pour améliorer ses relations avec ces parents, l’éducateur ne peut compter que sur son propre comportement fondé sur une attitude :

D’ « ouverture d’esprit », de modestie et de respect de l’autre.

Cette attitude peut être exprimée en « principes de communication » :

 

L’ouverture d’esprit :

 

C’est d’accepter, malgré ce qui semble évident, que des personnes novices puissent avoir un point de vue différent … et même pertinent.

Aussi, l’éducateur doit savoir :

– écouter les points de vue des parents et des enfants, (il ne s’agit pas de s’y conformer sans débattre, mais de prendre la peine d’entendre ce que l’autre veut exprimer)

 

– répondre à leurs questions même si celles-ci peuvent sembler naïves, incongrues, déroutantes ou posées de façon agressive,

– débattre avec les parents de sportifs …

Certains éducateurs y voient une remise en question de leurs compétences ; d’autres y voient autant d’occasions d’expliciter et d’améliorer leur démarche pédagogique en cherchant à mieux répondre aux attentes des enfants et des parents.

 

La modestie :

 

C’est de savoir reconnaître les compétences des autres et ses limites Aussi, l’éducateur ne doit pas :

– s’imaginer mieux connaître les enfants, que leurs propres parents,

– donner des leçons aux parents, tout au plus leur rendre compte de, ou les sensibiliser à tel ou tel problème.

– chercher à expliquer tous les comportements Incongrus, mais si nécessaire, évoquer leurs conséquences pour la collectivité.

 

Le respect de l’autre :

 

C’est de ne pas lui faire subir ce qu’il ne veut pas subir : Aussi l’éducateur devra toujours :

– prendre en compte et respecter les rôles et les statuts de ses interlocuteurs  (« l’enfant n’est pas un adulte en modèle réduit » et être parents est une grande responsabilité): Il ne faut Jamais rabaisser un parent(3) en particulier devant son enfant(L’humiliation entraîne très souvent de la colère et même de la violence)… et inversement,

– éviter de porter des jugements de valeur, mais s’en tenir à un discours factuel,

– s’arranger pour que son interlocuteur « garde la face » en toute circonstance

Trois autres « principes de communication » peuvent plus particulièrement permettre de réduire le risque de conflit.

– s’interdire de parler des personnes [« vous êtes. » mais se limiter à débattre des problèmes.

– rechercher des solutions et non pas des coupables [« votre enfant est comme ça parce que vous l’avez mal éduqué  »].

– éviter de répondre du « tac-au-tac (Chercher à avoir raison ne présente aucun intérêt dans ce type de relation.

(Il existe une infinité de réactions possibles ; les meilleures étant le plus souvent différées car pensées, construites et mieux contrôlées),

Au contraire prendre le temps de réfléchir à ce que l’autre à voulu dire.

Il ne faut pas hésiter à proposer une réponse différée (j’ai bien entendu ce que vous m’avez dit. Je vais y réfléchir et je vous propose d’en reparler la prochaine fois).

 

Il n’est pas toujours facile de respecter ces principes, en particulier face à des personnes qui communiquent sans règles de bienséance ou qui cherchent à nuire. Face aux comportements de plus en plus violents de certains adhérents, certains clubs n’hésitent pas à leur rembourser intégralement les frais d’inscriptions. Le but est de s’affranchir de personnes qui viennent chercher ce que ne peut pas leur offrir le club …conflits, bagarres etc

 

Communiquer pour être compris

 

Pour cela, en début de saison, l’éducateur peut :

– Présenter et discuter, les grands traits de son projet pédagogique (objectifs, méthodes, outils).

– Poser, rappeler mais surtout expliquer certaines règles relatives aux comportements attendus des enfants et des adultes [ponctualité, respect du matériel, du règlement, des autres et de soi !

Les enjeux sportifs et pédagogiques serviront à justifier ces règles (« Si les installations sportives sont abîmées, la mairie ne nous les prêtera plus ») Cette présentation peut permettre à l’éducateur de s’assurer que les enfants et les parents ont bien entendu ce qui peut constituer une «charte de bonne conduite». Cette charte pourra même être rédigée, puis signée par les personnes qu’elle implique :

-enfants, parents, éducateurs, dirigeants.

Par cette démarche, Il est possible de repérer les enfants et les parents dont certains comportements pourraient poser un problème. Il s’agit de ceux qui cherchent à discuter ou à négocier des points relatifs à des comportements à l’évidence inacceptables Ces personnes montrent ainsi que pour elles ces comportements sont ordinaires (vociférations, crachats, menaces).

 

Conclusion

 

Mobiliser les savoir-faire

Comme pour les relations éducateur-sportif :

Les relations de collaboration et de coopération sont des alternatives aux relations de domination-soumission.

Ceci n’est possible qu’à condition de reconnaître les compétences de l’autre et de partager les responsabilités, donc de ne pas chercher à contrôler son activité voire de se substituer à lui.

Pour collaborer de façon optimale, parents et éducateurs doivent :

– jouer et s’en tenir à leur rôle respectif,

– développer une relation de confiance mutuelle.

Ainsi, en accordant des responsabilités et des rôles aux parents (encadrement lors de déplacements, gestions des ravitaillements), les éducateurss peuvent espérer entretenir des relations positives au bénéfice de la formation sportive des jeunes.

Quoi qu’il en soit, il est important de ne jamais perdre de vue l’impact sur l’enfant des relations entre les parents et les éducateurs