SPORT PLAISIR

30/08/2018

Le plaisir : une caractéristique à donner à l’entrainement pour une reprise durable

A la rentrée, l’idée de la reprise des activités sportives peut être anxiogène pour plusieurs raisons :
– la pénibilité de re-stimuler un organisme mis au repos plusieurs semaines et qui de ce fait a été le siège de diverses désadaptations.
– la forme de reprise proposée qui peut être stéréotypée voire rébarbative (footing, préparation physique générale),
– l’envie de faire autre chose (ballades, concerts en extérieurs, apéros, barbecue…) alors que la belle saison se poursuit…

Adoptant une attitude concurrentielle, l’entraineur devra garder à l’esprit que les pratiquants reviennent vers lui prioritairement pour le(s) plaisir(s) : Un motif à prendre en compte en cette période de forum associatif.

Plaisir et déplaisir

En sport, la pratique n’est pas le seul générateur de plaisir. C’est parfois même le contraire.
Par exemple, chez les personnes qui vivent « un corps de douleurs » (sujets souffrant de surpoids, d’arthrose, de sédentarité),  la mise en activité physique est souvent source de pénibilité.

Ainsi, transformer ces expériences pénibles, en occasion de prendre du plaisir relève de la créativité, de la sensibilité mais aussi de la capacité de l’entraîneur de faire preuve d’empathie. Il s’agit d’imaginer des formes d’exercices qui ne soient pas immédiatement trop intenses, donc progressives, ni trop prolongées, ce qui implique de faire varier fréquemment les exercices. Ceci évite la lassitude.
Le travail par ateliers ou encore les circuits d’exercices sont pour cela très pratiques. La forme d’exercice (jouée ou défi vs répétitive ou cyclique) compte aussi. Les corrections et les encouragements de l’entraîneur et des autres pratiquants sont aussi générateurs de plaisir.

Le principe de plaisir 

Au-delà des motifs déclarés de pratique et sans s’appesantir davantage sur la conception de Freud, il est important de rappeler que selon le modèle défendu par cet auteur, chacun serait inconsciemment animé par :

  • le principe de réalité,
  • le principe de plaisir,
  • les règles morales intériorisées

Si on trouve encore de nombreux entraineurs qui « coachent » par un discours culpabilisant (écarts alimentaires, temps de récupération rallongés…) ou pour lesquels la douleur est signe d’effort méritant, d’autres sont passés maîtres dans l’art de stimuler positivement les pratiquants en leur faisant vivre des expériences sportives sources de plaisir, de satisfaction et de progrès. Ceci ne peut pas exclure que les sportifs puissent échouer, se blesser, contester un arbitrage jugé injuste…

Ces deux stéréotypes caricaturaux, car les profils d’entraîneurs sont, dans les faits bien plus nuancés, nombreux et composites, omettent rarement le principe de réalité, si ce n’est que certains s’appuient sur les qualités des sportifs et le plaisir pour les accompagner dans la réussite alors que d’autres se focalisent sur leurs « défauts » lorsqu’ils ne « coachent » pas dans un esprit « punitif ».
Or, on réussit mieux grâce à nos qualités et au plaisir induit par la pratique qu’à cause de nos défauts et sous contraintes !

Plusieurs sources de plaisir

Fréquemment dans les clubs, le plaisir est d’abord fondé sur la qualité des relations humaines autour d’une expérience motrice partagée. Lorsque l’on prend conscience de cette réalité, on comprend qu’il est nécessaire de prévoir un peu de temps consacré à l’échange au sein même de sa séance.

Pour autant, il existe aussi de nombreuses autres sources de plaisir qui incitent à pratiquer une activité physique :

  • le plaisir de se confronter à des situations (exercices, formes d’entrainement) et des environnements variés (en extérieur ou non, dans d’autres lieux de pratiques…),
  • le plaisir d’utiliser du matériel, qu’il soit ou non hautement « technologique » (cardiofréquencemêtre, GPS, dénivellomètre, matériel en carbone…),
  • le plaisir d’être reconnus comme élément d’une communauté et mieux encore comme dépositaire d’une compétence particulière (capitaine d’équipe, meilleur joueur, arbitre, organisateur…),
  • le plaisir de s’amuser, de relever des défis,
  • le plaisir d’être encouragé,
  • le plaisir de progresser, de réussir un geste technique, une séance, une performance…,
  • le plaisir de se réconcilier avec son corps, de le sentir à nouveau en activité, de redécouvrir des sensations, de le maîtriser.

Conclusion

Pour l’entraineur, notamment en cette période de rentrée, envisager la reprise des activités physiques sous l’éclairage du plaisir, c’est :

  1. promouvoir les activités proposées autour de cette caractéristique,
    2. repenser et mettre en œuvre des formes d’entraînement progressives, ludiques, variées, stimulantes, interactives, surprenantes… valorisantes (Delignières et Garsault, 2004).

Ce n’est qu’à cette condition que les pratiquants pourront être séduits et fidélisés.

La pratique sportive est aussi une aventure faite de relations humaines, de rencontres entre des personnes dont un entraineur, autour d’un projet commun d’activité physique. On comprend alors que la pratique ne doit pas être considérée comme seule source de plaisir.

Par ailleurs, si ces recommandations concernent les pratiquants adultes, elles sont également à envisager pour les enfants sportifs. Nous appuyant sur les remarques de Boutantin (2014), nous pensons que chez les enfants, la pratique ne doit pas certainement pas exclure le jeu et le plaisir qu’il génère. Dans le cas contraire, le risque est d’éteindre toute envie de pratiquer.
Si, comme évoqué plus haut, le jeu chez les sportifs adultes est aussi à envisager, il faut faire attention de ne pas leur proposer des jeux d’enfants.
Rachid ZIANE UPEC